Comment faire mémoire en design à l’ENSCI–Les Ateliers ?
Nº2 – 2025
Au sein des démarches de recherches mises en place par les étudiants de l’ENSCI pour l’élaboration de leurs mémoires de diplômes, et ce depuis les débuts de l’école, nous avons souvent observé l’emploi du dessin, à différents desseins. D’abord, dessiner pour observer : le dessin d’enquête, qui apparaît comme un outil privilégié de collecte de données sensibles. Ensuite, dessiner pour analyser : tracer, griffonner, schématiser : le dessin permet parfois de délier et déployer sur la feuille le processus de réflexion, qui ainsi se dévoile à son auteur-ice. Plus rare, dessiner pour supposer : le dessin prospectif, qui élabore une hypothèse, imagine une représentation ou une définition pour l’explorer. Dessiner pour énoncer, dans des mémoires où le dessin explicite un propos, en lieu et place d’un texte. Et pour finir, dessiner pour révéler, dans des démarches expérimentales où le dessin permet, par la métaphore, de faire advenir des concepts. À partir d’exemples choisis parmi les mémoires de l’ENSCI, cette exposition a pour but de visibiliser ces différents modes de recherches et de formalisations de pensées en devenir.
À partir de travaux d’enquête sur les méthodologies de mémoire, réalisés depuis trois ans par des élèves-designeuses-monitrices de l’ENSCI, cette édition prolonge une réflexion sur les manières possibles de faire mémoire en design. L’exposition donne à voir une vingtaine de mémoires réalisés sous formes dessinées, depuis une quinzaine d’années. Cinq mémoires sont particulièrement mis en avant, sous forme d’entretiens audio illustrés en dessin d’animation par Louisa Selleret : Nora Dupont, “Comment parler avec un dragon?” (CI, 2021), Aurorre Lopez, “Anonyme Gentillesse” (CI, 2020), Louise Oliveres, “Homo Festinus” (CI, 2016), Benoît Bonnemaison-Fitte, “Comment Classer l’inclassable” (CI, 2000), Sophie Pelletier, “Péyi sonjé” (DT, 2020).
Production : Louisa Selleret, élève-designeuse en CI, pilotage : Édith Hallauer, coordinatrice des mémoires CI à l’Ensci, accompagnement : Emilie Vabre, responsable de la Documentation de l’Ensci.
Le dessin comme outil d’émergence pour représenter de manière sensible un concept, une notion, qui ne se suffit ni du texte ni de l’image. Dessiner pour sous-entendre une idée, la travailler, la faire advenir comme on brosserait un portrait. Le dessin comme métaphore.
Péyi Sonjé en créole signifie littéralement « Pays songé ». Dans cette langue créole à base lexicale française, le mot « songe » est utilisé non pas pour évoquer le rêve mais le souvenir. Le pays dont je rêve, que je rappelle ou plutôt qui se rappelle à moi est la Guadeloupe. Ce mémoire est une invitation à un parcours semi-imaginaire dans l’archipel où je suis née.
Le dessin comme outil de représentation, pour faire advenir une idée, expliciter des notions, explorer un sujet en lui donnant une définition plastique. Le dessin comme geste d’écriture.
De saison, exploration des pratiques paysannes d’aujourd’hui par Dalva Rospape
Raconter des histoires : Enquête sur la fabrique du mensonge joyeux par Estelle Degasne
Et sur cette frappe le ballon n’a pas bougé. par Céleste Derycke
Cartographie d’un territoire flou expédition en entreprise par Joachim Savin
Le dessin comme outil de prospective, qui suggère une interprétation, teste une hypothèse, une tentative de définition d’un concept ou d’une situation inédite ou disparue. Le dessin comme geste prospectif.
C’est à François Rabelais que je dois la matière première de mon exploration pour comprendre la manière dont l’inerte s’anime par l’imagination, et déceler les traces d’un imaginaire collectif, les liens qui nous unissent aux choses. Par la jonction du dessin et de l’écriture et le dialogue entre mon imagination et ma raison, je veux montrer comment imaginer c’est aussi construire une pensée.
# dessin, fête
Le dessin comme outil d’analyse et de considération. Saisir par le crayon, griffonner, schématiser, pour s’approprier une donnée abstraite, l’analyser par le geste, et tenter de la comprendre. Le dessin comme geste réflexif.
Ce mémoire est une collecte de fragments écrits et dessinés autour de la notion de gentillesse. L’adjectif « gentil » est évoqué dans de nombreuses situations, péjorativement ou non. Employé sans y prêter attention, il me semble dénaturé, épuisé, parfois écoeurant. Pourquoi cette ambiguïté, ce décalage ? Avec cette question, j’ai souhaité mieux comprendre comment les mots et les comportements se façonnent, comment se chargent-ils ou se vident-ils de sens au regard des récits et besoins humains ?
# care, interactions humaines, soin
Le dessin comme outil d’enquête, permettant la perception et l’appréhension fine d’un terrain d’étude, la collecte et la captation de données sensibles. Le dessin comme geste perceptif.
Le sol changeait, les terres étaient malades, et plus personne ne se souvenait de comment les soigner. Une chienne et une humaine partent à la recherche d’un remède pour guérir leurs terres malades, sur leur route elles croisent des créatures. À travers différentes formes (fiction, carnet de bord dessiné, carte) mon mémoire retrace plusieurs rencontres sur la piste de moutons. D’un refuge antispéciste, à une association de berger-es urbain-es, je m’intéresse aux pratiques qui y sont expérimentées et qui peuvent être des pistes pour nous apprendre à vivre sur une planète abîmée.
# animaux, fiction, fin du monde, non-humain