Comment faire mémoire en design à l’ENSCI–Les Ateliers ?

L’invention d’un protocole

Nº1 – 2024

Au sein des démarches de recherches mises en place par les étudiants de l’ENSCI pour l’élaboration de leurs mémoires, nous avons pu observer l’invention / l’appropriation / l’adaptation d’outils et de méthodologies de travail, soit issues d’autres disciplines des sciences humaines soit de la démarche de projet en design, au service du sujet du mémoire. Ces adaptations, que l’on appelle des “protocoles”, peuvent servir à collecter des éléments, les comprendre, traduire des concepts, faire réagir un-e interlocuteur-ice, activer une réflexion, la partager, la transmettre, affiner une intuition, la développer, etc. Ils sont au cœur de la recherche pour le mémoire, déterminent souvent les évolutions du positionnement et la constitution du propos, et participent parfois de sa mise en forme finale.

L’enjeu de cette exposition est de visibiliser ces pratiques d’invention, les faire apparaître et les rendre lisibles, pour contribuer à dessiner des modes de faire recherche propres au design.

Avec les travaux d’Adèle Nyitrai, Juliette Tellier, Léopoldine Blanc, Céline Déprez, Camille Ferrer. À partir de travaux d’enquête réalisés en monitorat par Bertille Sionneau et Estelle Degasne, élèves designeuses à l’ENSCI, encadrées par Édith Hallauer, coordinatrice des mémoires à l’ENSCI.

Traduire une pensée en maquette

Tout commence par la rencontre avec huit designers. Je les questionne sur leur méthode de création pour chercher à réfléchir avec eux à la matérialisation de leur espace mental. Puis je traduis ces pensées dans des lieux imaginaires sous forme de maquettes, cherchant à donner corps à ces huit méthodes de création. Ces images poétiques sont des espaces dont la réalité se construit dans l’imaginaire, des invitations à donner corps à chaque méthode par le rêve. Je vois ainsi les designers comme des “habitants délicats des forêts d’eux-mêmes”, pour reprendre les mots de Jules Supervieille.

# collecte, fiction, mémoire

Performer ses hypothèses

A bras le corps étudie et questionne le chemin qu’a pris la mécanisation des métiers à tisser. Il est abordé à travers la réalisation, à 4 reprises, d’une performance de tissage participative. Cette dernière consiste à réunir des personnes qui vont chacune prendre le rôle d’une des parties du métier à tisser et ainsi reproduire les gestes de la machine. Les relevés et observations de cette expérience sont recroisés avec des lectures, des réflexions autour des thèmes du lien entre le travailleur et la machine, l’importance des gestes, l’apprentissage empirique et les dimensions des outils.

# chorégraphie, corps, danse, mécanisation, performance

Établir une généalogie d’objets

Trois objets et trois manières de produire et utiliser l’eau chaude. Pour l’alimentaire, la bouilloire représentée comme objet de consommation ; pour le sanitaire, la douche qui orchestre nos rituels et pour le chauffage, le chauffe-eau questionne la source d’énergie. À travers un inventaire spatio-temporel de ces trois objets, du rudimentaire au technologiquement complexe, je cherche le nécessaire, l’équilibre entre confort d’usage et production soutenable. Certains objets mis en lumière, au détour d’anecdotes et de cartographies, abordent les notions de low-tech et de progrès, de réseau et d’intimité, de consommation et d’ostentation.

# confort, domestique, eau, hygiène, low-tech, soin

Créer une galerie allégorique

Je vous invite à explorer, à travers un voyage à bord du Train du Sommeil Diurne, les pratiques de la sieste. Au cours de ce périple, le TSD desservira les gares Sommeil lent léger, Sommeil lent profond et Sommeil paradoxal. Vous y découvrirez diverses réflexions à propos de la sieste, cette pratique peu considérée mais que nous avons pourtant tous expérimentée un jour. En croisant des témoignages sensibles et personnels et des recherches pluridisciplinaires sur la sieste et le sommeil, cette compilation requestionne la place du repos dans nos sociétés actuelles.

# dormir, linogravure, sieste, sommeil

Réactiver des objets fantômes

Au sein du Musée de l’Homme, 300 000 fiches décrivent autant d’objets, sans pour autant qu’ils y soient conservés. Passé leur archive, ceux-ci semblent avoir disparus. Quelle est leur matérialité ? Où sont-ils aujourd’hui ? Une serrure, une passoire, un outil de tatoueur, une céramique, et un métier à tisser : 5 fantômes en particulier sur lesquels j’enquête pour faire émerger des questionnements : comment les objets sont-ils montrés ? Pourquoi est-il important de conserver des objets du quotidien au musée ?

# anthropologie, fantômes, musée, patrimoine